Seigneur, j'ai rétréci les Vikings. Chapitre 3

Tegenaria Duellica


Alors que Gersimi et Tuatha s’étaient mises à courir dans la direction supposée de Klotilde, des cris de plusieurs personnes, perçants à travers les herbes, semblaient leur indiquer que quelque chose de terrible était en train d’arriver.

-Dépêchons nous, dit Gersimi, si les hommes de Séraphin ont été réduits comme nous, j’ai peur que Klotilde se retrouve seule contre eux. -Réduite à notre taille, ce ne sont pas les hommes d’armes sans armes qui m’inquiètent le plus, répondit Tuatha. Plus elles avançaient, plus les cris se faisaient forts, mais aussi de sources moins nombreuses, comme si les hommes de Séraphin se faisaient éliminer un par un. -Tu as raison, dit Gersimi. Klotilde est une fière combattante, mais je doute qu’elle se débarrasse d’autant de combattants aussi rapidement avec son mal de terre. Elles ralentirent alors leur cadence un instant pour rechercher des brindilles pouvant leur servir d’armes quand Klotilde surgit d’entre deux champignons. En pleine course vers la direction opposée des hurlements, elle n’eut pas le temps de ralentir et se cogna contre Gersimi, l’emportant dans une chute spectaculaire mais inoffensive.


-Klotilde ! s'exclama Gersimi. Quel bonheur de te voir en vie ! Klotilde ne prit pas le temps de saluer ses camarades et se releva aussitôt en hurlant de terreur. -Une araignée ! Une énorme araignée !! Fuyez !!! La Tegenaria duellica est une espèce d'arachnide très présente dans nos régions. Élisant domicile le plus souvent dans les coins humides, elle est fort appréciée des habitants des campagnes, débarrassant les habitations des moustiques et autres insectes nuisibles. Leur envergure, pouvant atteindre jusqu’à 10 cm, impressionne les âmes les plus sensibles, mais elle reste tout à fait inoffensive pour l’être humain. Sauf quand l’humain en question est réduit à la taille d’un ongle. La créature qui apparut à la suite de Klotilde semblait, en proportion, plus grande que le plus grand des ours, sans compter ses pattes à l’allonge phénoménale. Comme si ce spectacle n’était pas assez cauchemardesque, on pouvait discerner entre ses mandibules le pied d’un des hommes de Séraphin qu’elle avait arraché à son propriétaire quelques secondes auparavant.



Tegenaria Duellica, par Sophie Moutier

Ne perdant pas un instant, Gersimi et Tuatha emboîtèrent immédiatement le pas à Klotilde et prirent leurs jambes à leur cou dans l’autre sens. Mais l’araignée, bien plus rapide qu’elles, se mit à cracher sa toile dans leur direction, emprisonnant Klotilde et Gersimi dans la matière collante sans leur laisser le moindre espoir de fuite. N’écoutant que son courage, Tuatha brandit alors sa brindille pour faire face à l’impressionnante créature. L’agilité légendaire de la druidesse ne fut pourtant pas suffisante comparée à l'extrême rapidité de la Tegenaria qui l’envoya valser en l’air d’un seul coup de patte bien placé. Tuatha atterrit la tête la première sur un rocher qui l'assomma immédiatement. -Si tu as un sort pour nous tirer d'affaires, le moment serait le bienvenu, dit Klotilde à Gersimi. Malheureusement, les arts de la magie du Bifrost, tels que pratiqués par Gersimi, demandaient, pour la plupart, des gestes précis de ses mains, pour l’instant bloquées par la toile, ou bien l’utilisation de ses pierres magiques, elles-mêmes alors dans les mains de Séraphin, toujours en plein combat contre le pommier magique. Le chevalier avait réussi à se mettre hors de portée des branches avec lesquelles l’arbre tentait de l'assommer, et en tranchait une petite partie à chaque attaque, gagnant du terrain vers le tronc. Il avait remarqué qu’à chaque mètre gagné, les éclats de Bifrost scintillaient de plus en plus, et que la lumière qui semblait émaner du cœur de l’arbre se faisait de plus en plus forte. Loin de vouloir quitter cette bataille, Séraphin était bien décidé à détruire le pommier, même si cela devait lui prendre la nuit entière. Mais à y réfléchir, il n’était pas nécessaire de perdre autant de temps. Quelques années auparavant, Michel Séraphin s’était trouvé fort dépourvu après avoir capturé une sorcière dans les environs de Troarn. Il avait organisé ce jour-là une cérémonie à laquelle il avait invité tout le voisinage afin de bien leur montrer qu’on ne badinait pas avec la sorcellerie, et fait dresser un impressionnant bûcher sur la place du village. Mais une pluie torrentielle l’avait couvert de ridicule, incapable qu’il avait été d’allumer le feu purificateur pendant un après midi entier. A peine le temps qu’il fallut pour la famille de la jeune condamnée à prouver l’innocence de celle-ci. Séraphin s’en était retourné honteux, jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. Il avait depuis fait sculpter un briquet à même la garde de son épée et transportait constamment une petite fiole d’huile extrêmement inflammable accrochée à sa ceinture, “au cas où”.


Exemples de briquets médiévaux

Avec la précision gestuelle d’un homme qui s’est entrainé des années pour cela, le chevalier enduisit d’huile la tranche de son épée, puis frappa le briquet de la garde contre son ceinturon, provoquant une gerbe d’étincelles qui mit feu à la lame comme à une torche.



D’une agile roulade, il évita une des dernières tentatives d’attaque du pommier mouvant, puis, rendu ainsi face à lui, il plongea son arme enflammée dans le tronc de l’arbre avec une telle force qu’elle s’enfonça d’un seul coup à travers le bois. Le pommier sembla se raidir violemment, dans un son de craquement terrible qui ressemblait à un cri de douleur. Abandonnant son arme plantée dans le tronc, Sér