Seigneur, j'ai rétréci les Vikings. Chapitre 2


La filature


Le spectacle terminé, Svarold passait toujours un temps fou à ranger ses marionnettes dans la petite charrette que ses compagnons et lui-même avaient acheté pour transporter le nécessaire de leurs spectacles. Sa vie passée de guerrier berserker semblait à l’opposé de la méticulosité demandée par l’art de marionnettiste, et il avait toujours peur d’abîmer les délicats enchevêtrements de bois légers, de tissus et de fils qui constituaient sa collection de personnages miniatures.


Et cette fois-ci, l’opération était d’autant plus délicate que Rolf, fasciné par le spectacle, avait suivi Svarold dans la cour intérieure de l’auberge pour le bombarder de questions. Le traducteur était un peu éméché à cause des nombreuses bolées de cidre qu’il s’était enfilé.


-Ça doit être vraiment compliqué de donner vie à des objets inanimés comme vous le faites. Ça vous demande beaucoup d'entraînement ?


Svarold et Rolf.

Très peu bavard de nature, voire même complètement taciturne, Svarold répondait laconiquement par des “oui” et des “non” tout en essayant de rester à distance de l’haleine alcoolisée de Rolf. Ce dernier finit par arriver à court de questions, mais resta debout, légèrement titubant, à observer le rangement tout en souriant bêtement.


Quand soudain, Svarold crut entendre une voix chargée de colère qui tentait de chuchoter de l’autre côté d’un des murs de la cour. Svarold n’y aurait pas prêté plus d’attention s’il n’avait discerné les mots , “tuer les vikings” dans le chuchotement de la voix, malgré les cliquetis de métal qui couvraient la conversation. Avec une agilité digne d’un chat sauvage, Svarold entreprit d’escalader le mur pour pouvoir observer de quoi il s’agissait vraiment.

-Qu’est-ce que vous faites, mon ami ? Demanda Rolf. Faites attention de ne pas tomber.


Svarold posa son doigt sur sa bouche en fronçant les sourcils à l’encontre de Rolf pour lui signifier de se taire, puis passa sa tête au-dessus du mur. Ce qu’il découvrit alors fut loin de le rassurer.


Le chevalier Séraphin était entouré d’une quinzaine de ses hommes, qui semblaient s’équiper pour mener bataille.


-Depuis la fenêtre de ma chambre, j’ai vu ces trois sorcières quitter l’auberge il y a deux minutes à peine et suivre le cours de la rivière, disait le chevalier. Si nous partons tout de suite, nous pourrons suivre leur piste sans problème.


-Ne voulez-vous pas prévenir le Baron Osbert avant de les suivre ? proposa l’un des hommes d’armes. Attaquer des sujets de Thorulf en pleine réunion des baronnies pourrait provoquer un incident diplomatique.


-C’est bien pour cela qu’il ne doit pas être au courant, répondit sèchement Séraphin. Si nous devons mettre un terme à quelque rituel satanique en mettant fin à leurs jours, il vaut mieux que nous le fassions discrètement, et qu’Osbert n’en sache rien.


C’était assez d’informations pour Svarold. Il redescendit immédiatement du mur pour raconter ce qu’il avait vu à Rolf.


-Allez chercher vos amis immédiatement, ordonna Svarold. Je vais garder un œil sur les chevaliers en attendant pour ne pas les perdre de vue.


Rolf revint à peine une minute plus tard, accompagné de deux personnes.


-C’est tout ? demanda Svarold.


-L’heure de la réunion des Barons a sonné, répondit Rolf. Tout le monde était parti sur la place du village et seuls restaient ces deux camarades qui terminaient leurs bolées au bar. Mais ils ne sont pas des moindres. Laissez-moi vous présenter celui qu’on appelle le Grand Alwin, un des meilleurs guerriers de notre clan, et Gundrun la Vipère, notre herboriste, capable d’empoisonner n’importe qui avec n’importe quoi.