La sorcière Imprudente-Chapitre 3.


- Je suis vraiment désolé, Gersimi. Si j’avais résisté à l’appel des fruits nous n’en serions pas là.


- Tu n’as pas à t’en vouloir, Folker. Je n’aurais pu moi même imaginer que nous serions les proies de plantes carnivores.


La sorcière et son ami étaient au fond d’une urne de feuillage dont la taille dépassait les dix mètres de haut et qu’il semblait impossible de remonter à mains nues. Le sol était rempli d’une eau huileuse qui leur remontait jusqu’aux genoux. Un liquide pas tout à fait appétissant, dans lequel flottaient les nombreux ossements qui avaient chutés en même temps qu’eux, les obligeait à rester debout, plantés là sans savoir quoi faire.

- Nous devrions d’abord trouver un moyen de nous tenir au sec, insista Gersimi. L’eau que ce type de plantes garde au fond de sa corolle sert le plus souvent à accélérer la diffusion de ses liquides gastriques. Si nous restons ici trop longtemps, nous allons littéralement fondre sur place.


- C’est donc pour ça que ces crânes sont si propres et que mes jambes me grattent, remarqua Folker en plongeant tout de même sa main dans le liquide. Il en ressortit un glaive un peu rouillé, restant des armes qui avaient autrefois équipé les cadavres des gens qui avaient été dévorés avant eux.




Puis il se dirigea, la pointe en avant, vers une des parois dans la ferme intention de la découper.


- Je ne ferais pas ça si j’étais toi, suggéra Gersimi.


Le tissus de la corolle était d’une telle souplesse et d’une telle solidité à la fois que la lame du glaive rebondit dessus comme une pierre lors d’un ricochet. Folker reçut presque immédiatement le plat de sa lame en pleine face, avec une force telle qu’une moitié de dent gicla hors de sa bouche.


- HA NON, PAS ENCORE ! hurla l’intendant en portant ses mains à sa bouche.


Un minimum de compassion ou au moins de politesse auraient dû empêcher Gersimi de se moquer, mais la fatigue et l’énervement avaient clairement rangé ces préoccupations loin dans sa tête.

Elle se mit à rire si fort qu’elle dut se tenir le ventre tout en s’appuyant de l’autre main contre un des murs. Tout d’abord vexé par l’attitude de son amie, Folker voulut froncer les sourcils et lui faire la morale, mais il ne put s'empêcher de sourire lui aussi quand il la vit s’écrouler assise dans l’eau, déséquilibrée par la force de son propre fou-rire.

De petits soubresauts envahirent les épaules jusqu’à exploser dans un éclat de rire encore plus fort que celui de Gersimi.

Leur hilarité nerveuse aurait certainement duré plusieurs minutes si une troisième voix n’avait soudainement hurlé encore plus fort qu’eux.


- Mais vous êtes complètement MALADES !


Gersimi et Folker se redressèrent immédiatement en position de combat, tournés vers le côté d’où venait l’altercation. Le soleil ne pénétrait que très peu jusqu’au fond de la plante, et il leur était impossible de voir jusqu’à l’autre bout. Mais Gersimi avait déjà reconnu la voix de la personne qui sortait maintenant de l’ombre pour s’avancer vers eux.


- Je ne sais pas si vous avez remarqué mais cet endroit est rempli de prédateurs plus improbable les uns que les autres. Vous avez décidé de tous les attirer à nous ?


-Göngu, espèce de voleur de bas étage, qu’est-ce que tu fais là ?


Qu’il avait l’air étrange, le Göngu, le bas du corps protégé d’un pagne de feuilles qu’il s’était lui même bricolé pour remplacer les braies que Gersimi lui avait arraché lors de leur dernier combat. Il tenait dans ses mains un bâton qu’il avait taillé pour s’en faire une lance de fortune et s’était attaché le blasàvlatn autour de la taille pour s’en faire un panier à provision.</