La cité des arbres, chapitre 2


-Qui êtes-vous ? Et comment savez-vous que nous portons des algues sur nous ? Demanda Solveig, l’épée toujours pointée vers la femme au masque de bois. -Cernunn me l’a dit, répondit la femme en pointant le grand cerf du doigt. Il a vu l’enfant en utiliser plus tôt dans la journée, et j’en ai besoin.


Solveig ne savait pas si elle devait être fascinée devant l’idée qu’un cerf puisse parler ou bien vexée que celui-ci les ait observées tantôt sans qu’elle s’en rende compte. C’est donc Astrid, surexcitée par la situation, qui décida de la suite de la conversation.

-Cernunn ? Le cerf vous parle ?


-Il suffit de l’écouter, répondit la femme. D’un souffle du nez, Cernunn sembla appuyer les propos de la femme mystérieuse.

-Méfies-toi, conseilla Solveig à son élève. Rien ne nous prouve qu’elle nous raconte la vérité.


-Pourquoi avez-vous besoin de mes algues ? Vous êtes malade ? La femme masquée tourna pour la première fois son visage sans expression vers la jeune fille, comme si elle la regardait malgré l’absence de trous pour les yeux sur son masque. -Elles ne sont pas pour moi.


-Attendez un instant, interrompit Solveig. Peut-on arrêter de parler des algues quelques instants ? Nous représentons le baron Turold, du clan des Vanirviks et nous devons répondre de ce qui se passe sur ses terres. Comment puis-je être certaine que vous n’avez pas assassiné ces gens dans l’église ?

-Vous me l’apprenez, répondit la femme. Je vous ai seulement suivies pour récupérer vos herbes de mer … Voilà qui est intrigant. Alors qu’elle prononçait ces mots, un étrange bruit arriva à leurs oreilles. Comme si un gigantesque chaudron s’était mis à bouillonner. Elles tournèrent toutes leur regard vers le puits qui trônait au centre de la place et d'où le son semblait provenir. -Voilà qui est encore plus intrigant, continua la femme tout en resserrant l’emprise de sa main sur sa lance. Un liquide sombre et gluant se mit soudainement à déborder du puits. D’abord par minces filets, mais bien vite en grandes quantités, transformant le sol autour en une mare boueuse et puante. -Tu as vu ? On dirait le même liquide que dans la rivière, dit Astrid à Solveig.

Puis, dans une explosion digne d’un geiser, une gigantesque créature jaillit du liquide en hurlant.




Sa morphologie était proche de celle d’un lion mais elle était si grande qu’elle dépassait la hauteur de la porte de l’église. On n’aurait su dire si elle était recouverte de l’étrange boue noire ou si elle en était entièrement constituée. Ses pattes étaient si grandes qu’elle aurait pu aisément agripper un humain avec et de sa bouche sortaient d’innombrables tentacules. Comme on balaye un simple insecte, la créature balaya la femme masquée d’un coup de patte qui l’envoya valdinguer contre le mur d’une maison à plus d’une quinzaine de mètres de là. Mais celle-ci retomba immédiatement sur ses pieds, semblant à peine ébranlée. -Fuyez, pauvres folles ! hurla-t-elle aux deux scandinaves. Devant la puissance du monstre, il était évident que tout combat était voué à l’échec. Solveig et Astrid ne se firent donc pas prier pour prendre leurs jambes à leur cou.


Elles se mirent à courir de toutes leurs forces le long de la rue principale, la créature à leur trousses. Puissante et rapide, ce n’était qu’une question de secondes avant qu’elle les rattrape, mais c’était sans compter sur Cernunn. Le grand cerf se mit à galoper en parallèle avec les filles, attirant leur attention d’un brame perçant.


Solveig comprit immédiatement le message et agrippa Astrid sous son bras en même temps qu’elle bondit sur le dos de l’animal.


En à peine quelques enjambées, Cernunn avait semé leur poursuivant et s’était engouffré de nouveau dans la forêt.