La cité des arbres, chapitre 1


La Chasseresse, par Thomas Lesourd

Ce n’était pas pour rien que tout le monde appelait Solveig “la chasseuse”.


Dès l’enfance, elle s’était forgée une solide réputation de pisteuse, ramenant des charrettes entières de gibier pour Nordfjordeid, son village de Norvège, alors que ses petits camarades parvenaient à peine à bander un arc. C’était une femme forte, plus grande que la plupart des hommes, et pourtant plus souple et agile qu’un chat. Sa chevelure rousse étincelait comme le feu, mais elle savait se fondre dans le décor jusqu’à en devenir presque invisible. Elle avait remporté tous les concours sportifs de sa région jusqu’à s’en faire interdire de participation.



Nordfjordeid étant devenu rapidement trop ennuyeux pour ses ambitions d’aventures et de découvertes, Solveig avait à peine 15 ans quand elle embarqua en cachette à bord d’un bateau d’explorateurs qui avait jeté l’ancre au port pour s’approvisionner. Ce navire était le Jormun, navire principal des Vanirviks le clan dirigé par le fameux Thorulf, le plus grand nain du monde. Elle avait immédiatement été acceptée parmi la famille de “Grand-Nain”, s’avérant être un de ses plus précieux atouts jusqu’à leur arrivée sur le territoire des Francs.

Aujourd’hui âgée de 23 ans, elle partageait l’éducation de la pupille de Turold avec quelques autres, prenant en charge son apprentissage des sports de combat, de la traque, de la survie sur terre et, bien sûr, de la chasse.


...


-Qu’est-ce que tu fais ? Nous allons perdre la piste du cerf !


-J’applique des algues sur la blessure, répondit Astrid. Mes ouvrages de sorcellerie m’ont appris que certaines d’entre elles avaient des propriétés curatives.


-Mais voyons, ne me dis pas qu’une viking comme toi souffre d’une petite égratignure, se moqua Solveig en souriant.


- Ce n’est pas une question de souffrance, répondit la jeune fille, un peu vexée. Même la plus petite des entailles peut s’infecter, et les conséquences pourraient être terribles.



C’était l’été 896, Astrid avait 14 ans, et n’aimait pas vraiment qu’on la traite comme une enfant, même si dans les yeux de Solveig, elle était loin d’être une adulte. Et si leur Jarl Turold lui avait donné très officiellement le titre de viking une année auparavant, cette appellation avait de la part de Solveig une odeur de moquerie qui ne lui plaisait pas vraiment. - Ce cerf doit être gigantesque, remarqua Solveig en ramassant du bout des doigts un poil à peine visible accroché aux branches d’un buisson. Mais il est aussi malin qu’il est grand. Regarde comme il a choisi son chemin en tenant compte de la direction du vent ! Il a compris que nous sommes à sa poursuite.

-Si il sait que nous le chassons, il doit être loin maintenant, s'inquiéta Astrid en observant les marais en contrebas.

-Allons chercher les chevaux, nous le retrouverons plus loin.

Encore un an auparavant, ce lieux appartenait à Lancelin Canisy, un terrible esclavagiste qui avait bien failli coûter la vie au clan des Vanirviks, mais l’activité de l’endroit avait été abandonnée dès l’accession de Turold à la Baronnie de la Côte-Fleurie. Grand-Nain avait fait bannir Lancelin de la région et la propriété du mont servait maintenant de refuge pour les plus pauvres de la région. (cf : Le Mystère des Roches Noires)